Servir de l'alcool sans repas au restaurant : ce qui est permis
Étape 2 · La licence
Avec une licence de restaurant, vous ne pouvez servir de l'alcool qu'à un client qui prend un repas : l'article L. 3331-2 du code de la santé publique le réserve aux principaux repas, comme accessoire de la nourriture. Un verre seul demande une licence III ou IV. L'apéritif et le digestif restent admis par l'administration lorsqu'ils encadrent le repas.
L'essentiel
- Deux conditions cumulées : un principal repas, et de l'alcool qui accompagne la nourriture.
- L'apéritif et le digestif : la loi n'en parle pas ; le ministère de l'Intérieur les admet juste avant et juste après le repas.
- Le verre seul : il sort du cadre de la licence, même si la cuisine est ouverte.
- Hors repas : licence III pour le vin et la bière, licence IV pour les alcools forts.
- Sans alcool : café, sodas et jus se servent à toute heure, sans licence.

La règle : accessoire de la nourriture
L'article L. 3331-2 du code de la santé publique fixe la limite commune à la petite licence restaurant et à la licence restaurant : l'alcool se vend pour consommer sur place, « mais seulement à l'occasion des principaux repas et comme accessoires de la nourriture ».
Le texte ne définit ni le repas ni l'accessoire. Les repères viennent d'une réponse ministérielle du 4 décembre 2012 et du guide des débits de boissons du ministère de l'Intérieur, mis à jour en novembre 2018.
- Les deux conditions se cumulent. Le service a lieu à l'occasion d'un principal repas, et l'alcool accompagne la nourriture.
- Les principaux repas sont le déjeuner, le dîner et le souper. Le petit-déjeuner en est exclu : le guide cite un jugement qui a déclaré illégal un verre de rhum servi à 7 heures du matin avec le petit-déjeuner.
- La composition compte plus que l'heure. Le ministère reprend cette position de la jurisprudence. Un vrai repas servi à 15 heures reste donc un repas, et quelques olives à midi n'en font pas un.
- Un simple en-cas ne suffit pas. Des décisions anciennes ont écarté l'alcool servi avec des fruits ou des toasts. Pour le sandwich, la position a évolué : en 2012, le ministère chargé du commerce le rattache à la restauration.
Le cas des tapas illustre la logique. Selon le guide, un repas composé de tapas et servi comme dans un restaurant classique permet d'envisager une licence de restaurant. Des tapas proposées en amuse-bouches, à côté d'un verre, demandent une licence à consommer sur place.
Ces repères restent des interprétations de l'administration et d'anciennes décisions de justice. Le guide n'a pas de valeur réglementaire, comme l'a relevé la cour administrative d'appel de Nancy le 7 avril 2022. En cas de litige, le juge apprécie les faits.
L'apéritif et le digestif
L'article L. 3331-2 ne parle ni de l'apéritif ni du digestif. Le guide du ministère de l'Intérieur apporte une réponse, reprise par la préfecture de Meurthe-et-Moselle : un restaurant n'est pas tenu de servir l'alcool en même temps que le repas. Les boissons « peuvent être servies immédiatement avant (apéritif) ou aussitôt après (digestif) le repas ».
Le guide ajoute que les clients peuvent les prendre ailleurs qu'à table, par exemple au bar, dans un patio ou dans un jardin du restaurant. Cette souplesse a des limites.
- Le client prend un repas. L'apéritif le précède et le digestif le suit aussitôt. Le verre ne se détache pas du repas.
- La boisson correspond à votre licence. Avec la petite licence restaurant, un kir, une bière ou un apéritif à base de vin. Un pastis, un cocktail au gin ou un cognac demandent la licence restaurant.
- Une salle de café distincte change la donne. Si le restaurant comporte une salle de café séparée de la salle de restaurant, sans licence III ou IV, servir de l'alcool à un client qui ne prend pas de repas y est interdit.
Plusieurs points restent ouverts. Le guide ne chiffre pas les mots « immédiatement » et « aussitôt ». Il ne dit rien du client qui prend l'apéritif puis repart sans dîner. Le plus prudent est de servir l'apéritif à un client qui a réservé ou commandé, et de garder le digestif pour la fin du repas.
Le client qui prend seulement un verre
Un client qui entre pour boire un verre, sans manger, ne peut pas être servi en alcool avec une licence de restaurant. Le fait que la cuisine soit ouverte n'y change rien. Le guide cite un arrêt de la Cour de cassation du 15 novembre 1966 : le restaurateur sans licence IV qui sert des boissons non autorisées en dehors du service des repas, et pas seulement comme accessoire de la nourriture, commet le délit d'ouverture illicite de débit de boissons. Les conséquences sont détaillées dans l'article restaurant sans licence : les sanctions.
En pratique, les situations à surveiller se répètent :
- Le comptoir en fin d'après-midi : un habitué qui passe prendre un demi avant de rentrer.
- La terrasse entre deux services : des clients qui demandent un verre de rosé au soleil.
- L'attente sans réservation : un groupe qui veut boire un verre et décidera plus tard de dîner, ou non.
Vous avez deux réponses possibles. Proposez une boisson sans alcool : eau, soda, jus, café ou thé restent en vente libre à toute heure. Ou proposez de passer à table, avec un plat ou un menu. Formez votre équipe à cette réponse, car c'est souvent un serveur qui se retrouve face au client.
Quelle licence pour servir sans repas ?
Dès que le service hors repas fait partie de votre activité, il faut une licence de débit de boissons à consommer sur place, définie par l'article L. 3331-1. La réponse ministérielle de 2012 parle d'une licence de plein exercice pour une activité permanente hors repas.
Vin, bière, cidre, apéritifs à base de vin
- Licence
- Licence III
- Comment l'obtenir
- Déclaration, sauf quota d'un débit pour 450 habitants atteint et sauf zone protégée
Toutes les boissons, alcools forts compris
- Licence
- Licence IV
- Comment l'obtenir
- Rachat d'une licence existante, puis déclaration
Boissons sans alcool uniquement
- Licence
- Aucune
- Comment l'obtenir
- Vente libre
Ces licences demandent, elles aussi, le permis d'exploitation, et, à ce jour, la licence IV ne se crée plus : voyez l'article L. 3332-2. Contrairement aux licences de restaurant, elles sont soumises aux zones protégées. Un restaurant titulaire d'une licence III ou IV peut servir hors repas les boissons de sa licence, et l'article licence 4 au restaurant explique comment l'acquérir.
Pensez à ce service dès la préparation de votre projet : il change votre budget et vos démarches. Les licences sont comparées à l'étape 2. Notre formation au permis d'exploitation, en 3 jours pour 499 €, convient à toutes ces licences. L'étape 3 présente les autres formations, et le plan d'ouverture place chaque démarche dans votre calendrier.
Les textes de référence
La règle et ses limites reposent sur ces textes.
- Article L. 3331-2 du code de la santé publique : les licences de la restauration
- Article L. 3331-1 : les licences III et IV
- Question écrite n° 3050, réponse du 4 décembre 2012 : le sens des mots « principaux repas » et « accessoires »
- Guide des débits de boissons du ministère de l'Intérieur : l'apéritif, le digestif et la jurisprudence
Questions fréquentes
Peut-on servir un apéritif au bar avec une licence restaurant ?
Oui, selon le guide du ministère de l'Intérieur, si le client prend ensuite un repas. L'apéritif peut être pris au bar ou dans une dépendance du restaurant. Il doit rester juste avant le repas.
Un client peut-il boire un verre en attendant sa table ?
Selon le guide du ministère de l'Intérieur, oui, s'il dîne juste après : ce verre joue alors le rôle d'apéritif. S'il ne prévoit pas de manger, servez-lui une boisson sans alcool.
Peut-on servir de l'alcool avec un petit-déjeuner ou un brunch ?
Le petit-déjeuner n'est pas un principal repas : l'alcool y est exclu avec une licence de restaurant. Aucun texte consulté ne traite du brunch. Comme la composition compte plus que l'heure, un brunch qui constitue un vrai repas s'en rapproche, mais la réponse n'est pas officielle.
Une personne à table peut-elle boire sans manger ?
Les sources officielles consultées ne traitent pas de ce cas. La règle vise le client qui ne prend pas de repas : si l'un des convives ne mange rien, la prudence est de lui proposer au moins un plat ou une boisson sans alcool.
À lire également
- Petite licence restaurant : vin, bière et cidre avec les repas
- Licence restaurant (grande licence) : toutes les boissons à table
- Licence 4 au restaurant : quand en a-t-on besoin ?
- Comment obtenir une licence restaurant : le parcours complet
- Licence petite restauration : ce que vous pouvez servir
- Combien coûte une licence restaurant ?